
Et si l’enfant n’était pas « dans son monde » mais dans une autre lecture du réel ?
Une perception du monde oubliée par l'adulte...
On dit souvent d’un enfant qu’il est “dans son monde”.
La phrase paraît douce, presque attendrissante…
mais elle révèle en réalité une vision très précise :
celle que le monde de l’enfant serait à côté du réel.
Comme une bulle… une parenthèse… une étape à dépasser.
Mais si c’était l’inverse ?
Si l’enfant n’était pas coupé du réel… mais simplement encore en lien avec une manière de le percevoir que nous avons oubliée ?
L’enfant ne s’échappe pas du monde, il le traverse
Un enfant parle à un arbre sans hésiter.
Il peut refuser un lieu sans pouvoir expliquer pourquoi.
Il ressent immédiatement l’ambiance d’une pièce.
Il donne une intention à ses jouets, une présence à ses personnages, une vie à ce qui nous semble inerte.
L’adulte observe cela… et appelle ça de l’imagination.
Pourtant, si l’on regarde sans projeter notre grille de lecture, quelque chose apparaît clairement :
l’enfant ne “fait pas semblant”.
Il interagit… oui il interagit avec un monde qui n’est pas encore séparé entre objet, émotion, sensation et symbole.
Un monde encore vivant, encore relié.
Le langage symbolique : une intelligence oubliée
Avant de savoir expliquer, l’enfant sait ressentir.
Avant de savoir analyser, il sait relier.
Un lieu n’est pas neutre.
Un objet n’est pas seulement un objet.
Une image intérieure peut modifier son état physique.
Ce n’est pas une confusion, c’est une autre organisation du réel.
Dans certaines traditions anciennes, cette manière d’être au monde n’est pas vue comme immature.
Elle est considérée comme une forme d’intelligence à part entière :
une intelligence symbolique.
Un langage dans lequel le monde n’est pas seulement observé…
mais vécu, interprété, traversé.
Une qualité oubliée : l’amour sans condition du monde
Il y a une autre dimension, plus discrète… mais fondamentale.
L’enfant ne se contente pas de percevoir le monde autrement.
Il entre en relation avec lui d’une manière particulière.
Sans distance… sans méfiance construite… sans calcul.
Il peut s’attacher à un arbre, parler à un animal, s’émerveiller d’un détail que l’adulte ne voit même plus.
Non pas parce qu’il “projette”…
mais parce qu’il est encore dans un lien direct.
Un lien qui ne passe ni par l’intérêt, ni par l’utilité… un lien qui n’a pas besoin d’être justifié.
On pourrait appeler cela une forme d’amour.
Pas un amour sentimental ni idéalisé.
Une disponibilité profonde à ce qui est.
Une manière d’accueillir le monde… sans filtre, sans protection, sans distance.
Dans certaines traditions, on retrouve cette posture chez ceux qui ont appris à “voir” autrement.
Le monde n’est pas seulement perçu… il est accueilli.
Et c’est peut-être là que se situe un point de rencontre troublant.
Comme certains praticiens du chamanisme, l’enfant ne se place pas face au monde.
Il est avec.
Il n’est pas séparé… il n’est pas encore en lutte.
Il est en relation.
Une capacité naturelle pour sortir du mode de conscience ordinaire
Il y a aussi quelque chose que l’on oublie presque totalement.
L’enfant passe d’un état à un autre avec une facilité déconcertante.
Il peut être ici… puis ailleurs.
Dans la pièce… et dans une histoire en même temps.
Dans le réel… et dans un univers intérieur extrêmement riche.
Sans effort… sans technique et sans rituel.
Là où l’adulte aura besoin de silence, de cadre, de méthodes pour “lâcher le mental”…
l’enfant, lui, glisse naturellement d’un mode de perception à un autre.
Il ne fonctionne pas uniquement en mode cognitif.
Il bascule.
Il entre dans l’image… dans la sensation… dans l’émotion et dans la symbolisation.
Ce que certains cherchent à retrouver à travers des pratiques complexes… lui le fait spontanément.
Et c’est précisément cette fluidité, cette capacité à circuler librement entre les mondes intérieur et extérieur, que nous allons, nous, adultes, peu à peu, enfermer dans un seul mode de fonctionnement : le mental.
Le glissement invisible du monde vivant au monde expliqué
Alors, progressivement, quelque chose change.
On apprend à l’enfant à nommer, à classer, à justifier.
À distinguer ce qui est réel de ce qui ne l’est pas.
À prouver ce qu’il ressent avant de lui accorder une valeur.
Ce mouvement est nécessaire : un enfant a besoin d’apprendre à penser, à structurer, à comprendre le monde.
Mais il devient problématique lorsqu’il prend toute la place… et qu’il fait disparaître, peu à peu, tout ce qui ne s’explique pas.
Car à force de privilégier l’explication, on perd l’écoute.
À force de valoriser le mesurable, on réduit le sensible.
À force de structurer le réel, on en ferme les dimensions.
L’enfant s’adapte.
Il s’ajuste progressivement à ce que le monde attend de lui… et en contrepartie, il perd, peu à peu, cette capacité à sentir, à relier, à écouter autrement.
L’enfant n’est pas un chaman… mais il en porte une trace
Dire que l’enfant est un chaman serait inexact.
Le chamanisme implique un cadre, une fonction, une responsabilité, une intégration sociale que l’enfant n’a pas.
Mais il existe une proximité troublante.
L’enfant possède, une ouverture au monde, une capacité à symboliser, une écoute fine du vivant, une facilité à changer d’état de conscience et une relation directe, non filtrée.
Il n’a pas appris cela… c’est là au départ… c’est une capacité naturelle… que nous avons oubliée.
Ce que nous perdons en chemin
En grandissant, nous gagnons en structure, en logique, en efficacité.
Mais souvent, nous perdons autre chose.
La capacité à être touché par un lieu… à sentir une direction juste sans l’expliquer… à percevoir une atmosphère avant de l’analyser.
Le monde devient plus compréhensible… mais aussi plus silencieux.
Et avec ce silence, une forme de déconnexion s’installe.
On ne sait plus pourquoi certains choix sonnent faux.
Pourquoi certaines situations nous vident.
Pourquoi certains lieux nous apaisent où nous stressent.
On cherche des réponses… là où il y avait autrefois une écoute sensible.
Et si le véritable enjeu était ailleurs ?
La question n’est pas de maintenir l’enfant dans une forme d’imaginaire flottant, ni de tout “spiritualiser”.
La question est beaucoup plus exigeante.
Comment accompagner un enfant sans casser sa capacité à ressentir le monde ?
Comment lui apprendre à penser… sans lui faire perdre sa capacité à percevoir ?
Comment structurer… sans fermer ?
Une hypothèse dérangeante… mais précieuse
Et si le problème n’était pas l’imagination des enfants…
mais notre incapacité à comprendre et intégrer ce qu’ils perçoivent ?
Et si, au fond, l’enfant n’avait pas besoin d’apprendre à entrer dans notre monde…
mais d’être accompagné pour ne pas perdre totalement le sien ?
Parce qu’un enfant qui garde ce lien ne devient pas un adulte “hors du réel”.
Il devient quelqu’un qui sait que le réel est plus vaste que ce qu’on en dit.
Et peut-être que notre rôle n’est pas de le ramener à notre vision…
mais d’apprendre, enfin, à élargir la nôtre.
Au mois de juin, je propose 4 masterclass à destination des parents et des grands-parents pour mieux comprendre l’enfant, son fonctionnement, ses réactions… et surtout son monde intérieur.
Author: Lou ken
Directeur général de OOMyCoach. Créateur de l'Imaginologie®. Exerce en cabinet depuis 15 ans. Ancien enseignant spécialisé en psychopathologie de l'adolescent. Intervenant en coaching et Imaginologie® en France et au Canada. Auteur, conférencier, formateur
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Directeur général de OOMyCoach. Créateur de l'Imaginologie®. Exerce en cabinet depuis 15 ans. Ancien enseignant spécialisé en psychopathologie de l'adolescent. Intervenant en coaching et Imaginologie® en France et au Canada.
Auteur, conférencier, formateur



