
La France a-t-elle institutionnalisé la pédocriminalité ?
La question choque… elle dérange.
Le titre de cet article choquera probablement plus de monde que les centaines d’enfants agressés sexuellement chaque jour dans notre pays.
Et c’est peut-être précisément là que se trouve le problème.
Quand la justice doute, que comprend l’enfant ?
Le 7 juillet 2026, un animateur périscolaire parisien poursuivi pour des agressions sexuelles sur neuf enfants âgés de 3 à 5 ans a été relaxé au bénéfice du doute.
Une relaxe ne signifie pas que les enfants ont menti…Elle signifie que le tribunal a considéré que les éléments présentés ne permettaient pas de condamner avec une certitude suffisante.
Le parquet de Paris a depuis fait appel de cette décision. L’affaire n’est donc pas définitivement terminée… gardons espoir donc…
Mais au-delà de ce dossier précis, une question vertigineuse demeure :
Que comprend un enfant lorsqu’il entend que la parole de plusieurs enfants n’a pas suffi à produire une condamnation ?
Que comprend-il lorsqu’il voit les adultes débattre de la crédibilité des mots prononcés par des enfants de maternelle ?
Que comprend-il lorsqu’il découvre que parler peut mener à des auditions, à des expertises, à des années de procédure, puis, parfois, à une décision judiciaire qui laisse subsister le doute ?
Il peut comprendre une chose terrible :
« Parler ne sert peut-être à rien. »
Et cette pensée-là est une victoire pour tous les prédateurs.
Plus de 200 mineurs enregistrés comme victimes chaque jour
En 2025, la police et la gendarmerie ont enregistré environ 75 000 mineurs victimes de violences sexuelles en France.
Cela représente plus de 200 mineurs par jour, soit environ neuf par heure.
Ces chiffres ne mesurent pas le nombre total d’agressions réellement commises. Ils recensent les victimes connues des services de sécurité. Une partie considérable des violences n’est jamais révélée, jamais signalée ou jamais enregistrée.
La CIIVISE estime pour sa part que 160 000 enfants sont victimes chaque année d’inceste ou de violences sexuelles en France.
Cela représente près de 440 enfants par jour… Soit, un enfant toutes les trois ou quatre minutes.
À ce stade, nous ne parlons plus d’une succession de faits divers, nous parlons d’un phénomène massif.
Nous parlons d’un problème social, éducatif, sanitaire, judiciaire et politique.
Nous parlons d’enfants dont l’existence peut être durablement fracturée pendant que le pays continue à tourner, à commenter, à publier et à faire défiler des vidéos.
Le silence collectif est devenu une infrastructure
La France adore les grandes indignations de quarante-huit heures.
Une affaire éclate.
Les plateaux de télévision s’enflamment, on allume des bougies, on met un profil Facebook temporaire avec une larme et on enchaine sur une marche blanche… Puis, les responsables politiques déclarent que « toute la lumière devra être faite ».
Les publications circulent et s’enchaînent, puis, une nouvelle polémique chasse la précédente.
L’attention collective fonctionne désormais comme une porte tournante : le scandale entre par un côté et ressort presque aussitôt par l’autre.
Pendant ce temps, les enfants restent avec ce qu’ils ont vécu.
Notre société produit chaque jour des millions d’images, de vidéos, de commentaires et de contenus générés par intelligence artificielle. Elle récompense l’émotion rapide, la colère instantanée, le cœur rouge, le pouce levé et la petite décharge de dopamine.
Mais protéger un enfant exige exactement l’inverse.
Cela demande du temps, de l’écoute, de la formation, de la rigueur et des procédures exigeantes .
Des adultes capables d’entendre une parole hésitante, fragmentée, maladroite, parfois contradictoire, parce qu’un enfant ne raconte pas un traumatisme comme un adulte récite un procès-verbal.
Notre société sait rendre une vidéo virale en quelques minutes mais semble beaucoup moins douée pour construire une culture durable de la protection.
Les années 1970 : lorsque certains intellectuels jouaient avec la frontière de l’interdit
Il serait confortable de croire que le problème est récent.
Il ne l’est pas.
Dans les années 1970, une partie du monde intellectuel français a publiquement défendu des positions qui apparaissent aujourd’hui profondément incompatibles avec la protection des enfants.
Le 26 janvier 1977, Le Monde publiait un communiqué intitulé « À propos d’un procès » concernant trois hommes poursuivis pour des actes sexuels sur des mineurs de moins de 15 ans.
Le texte dénonçait notamment leur détention provisoire et présentait les enfants comme ayant été consentants.
Parmi les signataires figuraient notamment Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Roland Barthes, Gilles Deleuze, Félix Guattari, André Glucksmann, Bernard Kouchner, Jack Lang, Patrice Chéreau, Philippe Sollers ou encore Gabriel Matzneff.
Quelques mois plus tard, le 23 mai 1977, une nouvelle lettre ouverte adressée à la commission de révision du Code pénal contestait certaines dispositions encadrant les relations sexuelles entre adultes et mineurs.
Parmi les signataires figuraient notamment Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Françoise Dolto, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Roland Barthes, Alain Robbe-Grillet, Félix Guattari, Philippe Sollers ou encore Gabriel Matzneff.
Le problème n’est pas seulement que ces textes aient existé.
Le problème est qu’une partie des élites de l’époque ait pu considérer que la frontière entre l’émancipation et l’exploitation sexuelle des mineurs pouvait faire l’objet d’une expérimentation idéologique.
Comme si l’enfant était un terrain de jeu philosophique, comme si la différence d’âge, de pouvoir, d’expérience et d’autorité pouvait être effacée par le mot « consentement ».
Je m’interroge également sur un constat historique troublant : la majorité des personnalités ayant soutenu ces textes appartenaient alors à la gauche intellectuelle, à l’extrême gauche, au marxisme, au courant libertaire ou à la gauche culturelle issue de Mai 68. Chacun en tirera les conclusions qu’il souhaite, mais cette réalité mérite sans doute d’être étudiée avec lucidité lorsqu’on analyse l’évolution du regard porté sur l’enfance, l’autorité et les limites qui protègent les plus vulnérables.
Aujourd’hui, avec le recul de plusieurs décennies, ces positions apparaissent à beaucoup comme l’une des plus graves erreurs morales et intellectuelles du XXe siècle français.
Le consentement d’un enfant n’est pas celui d’un adulte
Un enfant peut chercher l’affection d’un adulte, il peut admirer cet adulte, il peut vouloir lui faire plaisir, il peut accepter un secret, il peut ne pas crier, il peut revenir vers lui et il peut même utiliser des mots qui donnent l’impression qu’il est d’accord.
Mais cela ne transforme pas une relation asymétrique en relation libre.
L’adulte possède le pouvoir, le langage, l’autorité, l’expérience et la capacité d’organiser le secret.
L’enfant, lui, dépend de l’adulte.
Parler du « consentement » d’un enfant sans parler de l’emprise, de la loyauté, de la peur, de la sidération et de la dépendance revient à examiner une serrure en oubliant que quelqu’un tient la clé.
Daniel Cohn-Bendit : des paroles qui ne peuvent pas être effacées
Daniel Cohn-Bendit a écrit, dans Le Grand Bazar, publié en 1975, un passage décrivant des situations à connotation sexuelle avec de jeunes enfants.
Il a également tenu à la télévision, au début des années 1980, des propos évoquant la sexualité des enfants qui sont aujourd’hui considérés comme profondément choquants.
Il a expliqué par la suite qu’il s’agissait de provocations, a qualifié ses anciens propos d’inacceptables et a toujours nié avoir commis des actes sexuels sur des enfants. Aucune condamnation pour de tels faits ne peut lui être attribuée selon le journal le monde ( décidément…)
Mais le fait qu’aucun acte n’ait été judiciairement établi n’efface pas la gravité culturelle des mots.
Les mots prononcés par des personnalités publiques fabriquent des normes, ils déplacent les frontières, ils rendent pensable ce qui ne devrait jamais être banalisé.
Pendant des années, certaines paroles concernant les relations sexuelles entre adultes et mineurs ont été présentées comme audacieuses, libertaires ou transgressives.
Mais ne nous y trompons pas, ce n’était pas de la liberté.
C’était l’oubli fabriqué du rapport de pouvoir entre l’adulte et l’enfant.
La France n’a peut-être pas, tout à fait institutionnalisé la pédocriminalité, mais elle a institutionnalisé le doute.
Soyons francs, j’ai volontairement utilisé ce titre provocateur…
La France n’a évidemment pas inscrit la pédocriminalité dans ses institutions comme une pratique autorisée et la loi interdit et sanctionne les violences sexuelles sur mineurs.
Des policiers, des gendarmes, des magistrats, des médecins, des enseignants, des éducateurs et des associations consacrent leur vie à protéger les enfants.
Des dispositifs spécialisés existent, notamment les unités d’accueil pédiatriques pour l’enfance en danger. Le ministère de la Justice publie lui-même des guides consacrés à l’écoute et à la prise en charge des mineurs victimes.
Mais entre les textes et la réalité, un gouffre demeure.
Car nous avons institutionnalisé le doute envers la parole de l’enfant.
Nous avons institutionnalisé les procédures trop longues.
Nous avons institutionnalisé le manque de formation de certains professionnels.
Nous avons institutionnalisé les auditions multiples.
Nous avons institutionnalisé les classements sans suite faute de preuves suffisantes.
Nous avons institutionnalisé l’idée que la parole d’un enfant doit être parfaite, linéaire, précise et immédiatement vérifiable pour être considérée comme crédible.
Nous demandons parfois à un enfant traumatisé de produire un récit plus cohérent que celui que serait capable de fournir un adulte placé sous le choc.
Nous ne devons naturellement pas remplacer la justice par la condamnation médiatique, la présomption d’innocence est indispensable, le doute doit bénéficier à l’accusé devant une juridiction pénale.
Mais cette exigence judiciaire ne doit jamais devenir une indifférence sociale.
Ne pas pouvoir condamner une personne ne signifie pas que nous devons abandonner les enfants.
Une décision de relaxe peut coexister avec des mesures de protection, un accompagnement psychologique, une vigilance institutionnelle et une réflexion sur la manière dont la parole a été recueillie.
La justice doit protéger contre les condamnations sans preuve mais la société doit protéger contre le silence sans secours.
Les dossiers Epstein et la responsabilité des puissants
Les révélations entourant Jeffrey Epstein ont montré comment un prédateur pouvait évoluer pendant des années au milieu de personnes riches, influentes, diplômées et puissantes.
La présence d’une personne dans un carnet d’adresses, sur une photographie ou lors d’une rencontre ne prouve évidemment pas sa participation à un crime mais, cette affaire oblige à poser une question simple :
Pourquoi les prédateurs recherchent-ils si souvent la proximité du pouvoir ?
Parce que le pouvoir impressionne, parce qu’il ouvre des portes, parce qu’il construit des réputations, parce qu’il peut décourager les victimes et parce qu’un enfant isolé paraît toujours plus fragile face à un adulte entouré de relations prestigieuses.
Les dossiers Epstein n’ont probablement pas fini d’éclairer les mécanismes sociaux qui permettent à certains prédateurs de se protéger derrière l’argent, les réseaux, le prestige et le silence.
L’école ne doit pas enquêter. Elle doit rendre la parole possible.
L’école a un rôle majeur à jouer.
Elle ne doit pas transformer les enseignants en policiers, en psychologues ou en magistrats… Elle ne doit pas demander à un enfant de répéter dix fois son histoire… Elle ne doit pas organiser elle-même une confrontation avec un adulte suspecté.
Mais elle doit créer un espace où l’enfant sait qu’il peut parler.
Elle doit lui apprendre que son corps lui appartient, qu’un adulte n’a pas le droit de lui imposer un geste intime, qu’un secret qui fait peur, qui fait mal ou qui met mal à l’aise doit être raconté.
Que dire « non » est possible.
Que ne pas avoir réussi à dire « non » ne rend jamais l’enfant responsable.
Que la sidération existe.
Qu’il peut parler longtemps après.
Et surtout, que l’adulte qui l’écoute ne va ni rire, ni minimiser, ni lui demander immédiatement :
« Tu es certain ? »
La première réponse devrait être :
« Tu as bien fait de m’en parler. »
Puis :
« Ce qui s’est passé n’est pas ta faute. »
Et enfin :
« Nous allons chercher les personnes compétentes pour te protéger. »
Protéger la parole ne signifie pas croire aveuglément. Cela signifie écouter sérieusement.
Opposer la protection de l’enfant à la présomption d’innocence est une impasse.
On peut respecter les droits de la défense tout en améliorant radicalement l’accueil des enfants.
On peut éviter les accusations publiques prématurées tout en prenant des mesures de protection.
On peut rechercher la vérité sans traiter l’enfant comme un suspect.
Écouter un enfant ne signifie pas écrire le jugement avant l’enquête.
Écouter un enfant signifie considérer que sa parole mérite d’être recueillie par des professionnels formés, dans un cadre adapté, avec le moins de répétitions possible et sans questions suggestives.
La parole de l’enfant n’est ni sacrée ni insignifiante, elle est fragile.
Elle doit être protégée comme une scène de crime intérieure : avec sérieux, méthode et infiniment de précautions.
Nous n’avons plus le droit de dire que nous ne savions pas
Nous connaissons les chiffres, nous connaissons les mécanismes d’emprise, nous connaissons les effets du traumatisme, nous connaissons la difficulté des enfants à révéler les faits, nous savons que de nombreux auteurs appartiennent à l’entourage de la victime, nous savons que les violences peuvent durer des années, nous savons que le silence protège presque toujours davantage l’agresseur que l’enfant.
Oui NOUS savons… Alors non, nous ne pouvons plus prétendre que la pédocriminalité serait seulement l’œuvre de quelques monstres cachés dans l’ombre.
Elle prospère aussi dans nos hésitations, dans nos institutions saturées, dans nos procédures interminables, dans nos regards détournés, dans notre fascination pour les puissants et le bling bling…
Dans notre besoin de préserver la réputation d’une structure, d’une école, d’une famille, d’une association ou d’une personnalité et dans notre incapacité à soutenir durablement les professionnels chargés de recueillir et de traiter cette parole.
La véritable provocation consiste désormais à protéger les enfants
Pendant longtemps, certains adultes ont cru que la transgression consistait à remettre en cause les interdits entourant la sexualité des mineurs.
Aujourd’hui, la véritable rupture est ailleurs.
Elle consiste à affirmer qu’aucune idéologie, aucune réputation, aucune institution, aucun réseau et aucune position sociale ne doit peser davantage que la sécurité d’un enfant.
Elle consiste à former tous les adultes travaillant auprès des mineurs, à généraliser des protocoles clairs de signalement, à renforcer les structures spécialisées, à accompagner les enfants, y compris lorsqu’une procédure n’aboutit pas à une condamnation.
Elle consiste à apprendre aux élèves à identifier une situation anormale, à leur donner les mots, à leur donner des adultes-relais, à leur garantir que leur parole ne disparaîtra pas dans un couloir administratif.
Alors finalement ?
La France a-t-elle institutionnalisé la pédocriminalité ?
Peut-être pas au sens littéral.
Mais elle a trop longtemps institutionnalisé le silence, le doute, la lenteur et le détournement du regard.
Et chaque fois qu’un enfant conclut qu’il ne sert à rien de parler, notre système vient d’échouer.
Parce qu’un enfant qui cesse de parler n’est pas seulement une victime qui se tait.
C’est une alarme qui s’éteint.
Et lorsqu’une société laisse s’éteindre ses alarmes les unes après les autres, elle ne devient pas plus sûre.
Elle devient simplement plus aveugle.
Un pays qui se proclame patrie des droits de l’homme doit commencer par garantir les droits de ceux qui ont le moins de pouvoir et qui construiront le monde de demain.
Les enfants.
Nous n’avons plus besoin de grands discours.
Nous avons besoin d’adultes capables d’écouter.
D’adultes capables d’agir.
D’adultes capables de protéger.
Car lorsqu’un enfant trouve enfin le courage de parler, la question n’est plus de savoir s’il sera cru.
La véritable question est :
Que ferons-nous de sa parole ?
Et maintenant ?
Si cet article vous a mis en colère, tant mieux.
Mais la colère ne protège aucun enfant.
La protection commence lorsque les adultes savent reconnaître les signaux, accueillir une confidence et agir correctement.
Combien d’enfants se sont déjà tus parce qu’aucun adulte n’avait appris à les écouter ?
Combien d’autres se tairont encore ?
Que vous soyez parent, enseignant, éducateur, animateur, AESH ou simplement citoyen, vous pouvez vous former gratuitement.
Formation gratuite : Violences faites aux enfants, comprendre & agir
✔ Repérer les violences et leurs conséquences
✔ Accueillir la parole de l’enfant sans la déformer
✔ Savoir quand et comment alerter pour protéger
Parce qu’un enfant qui parle prend un risque immense et l’adulte qui l’écoute doit être à la hauteur de ce courage.
Author: Lou ken
Directeur général de OOMyCoach. Créateur de l'Imaginologie®. Exerce en cabinet depuis 15 ans. Ancien enseignant spécialisé en psychopathologie de l'adolescent. Intervenant en coaching et Imaginologie® en France et au Canada. Auteur, conférencier, formateur
Directeur général de OOMyCoach. Créateur de l'Imaginologie®. Exerce en cabinet depuis 15 ans. Ancien enseignant spécialisé en psychopathologie de l'adolescent. Intervenant en coaching et Imaginologie® en France et au Canada.
Auteur, conférencier, formateur



